Une candidature "pédagogique" ?Ni diabolisation, ni duplicité...
Jean-Pierre Chevènement a déclaré sa candidature à la présidence de la République samedi 5 novembre, au journal de 20h de France 2. Ou plutôt, une candidature « pour peser », « pédagogique », a-t-il précisé au journal le Parisien…
Il y a cinq ans jour pour jour, ou presque, le 6 novembre 2006, il se déclarait au journal de 20h de Tf1… avant de se retirer un mois plus tard en faveur de Ségolène Royal. A ceux qui ne croient pas qu’il ira jusqu’au bout, et qui l’imaginent déjà soutenir à nouveau le candidat socialiste, ses proches affirment, avec l’assurance des joueurs de pocker, que « les circonstances ont changé ». Certes, les circonstances ont changé : elles plaident davantage encore qu’en 2006 pour un soutien de Jean-Pierre Chevènement au candidat socialiste. D’abord parce que le candidat socialiste qui vient d’être désigné a, de l’avis même de Jean-Pierre Chevènement, les qualités nécessaires pour assumer la charge de Président de la République. Ensuite, parce que ce candidat a été désigné dans le cadre d’un processus ouvert aux citoyens, qui se sont massivement exprimés, et à l’issue d’un débat dans lequel des idées très proches de celles de Jean-Pierre Chevènement ont été portées, notamment par Arnaud Montebourg. Il aura sa place dans l’édifice de la campagne électorale de François Hollande, et ses orientations sont prises en compte par le principal candidat de la gauche, en faveur duquel Arnaud Montebourg s’est d’ailleurs exprimé avant même son investiture, à la veille du second tour des primaires. Enfin, parce que la crise permet et exige de rassembler la gauche. Nécessité faisant loi, l’érection de règles, de taxes, pour encadrer enfin les flux financiers et commerciaux, est désormais un objectif largement partagé. De même que le constat du niveau excessif de l’Euro et de l’impossible issue à la crise des dettes souveraines, hors desserrement de la contrainte monétaire. « Démondialiser », « agir souverainement pour la croissance », « ne pas confondre économie ouverte et économie offerte », « promouvoir le juste échange » : les mots d’Arnaud Montebourg, Jean-Pierre Chevènement, François Hollande ou Laurent Fabius ne sont pas si différents… Au-delà de la proclamation, il faut bien sûr des actes. La question est de savoir comment se donner les meilleurs moyens d’agir. En témoignant, ou en gouvernant ? Il existe à cet égard une différence de posture entre les uns et les autres. D’un côté, ceux qui considèrent prioritaire d’affirmer l’objectif d’une autre politique monétaire et commerciale en Europe, dont ils savent qu’ils auront du mal à l’atteindre ; au-delà de la posture de contestation, sans doute veulent-ils créer un rapport de forces idéologique et politique, en prenant les peuples à témoin, notamment le peuple allemand ; je comprends parfaitement cette démarche. De l’autre côté, ceux qui savent que leur responsabilité sera de conduire le pays, et pas seulement de proclamer des objectifs, et qui s’attachent donc à tracer des perspectives alternatives, sans pour autant promettre davantage que ce qu’ils sont sûrs de pouvoir tenir. Ceci étant posé, il serait injuste de dénier à Jean-Pierre Chevènement la légitimité d’une candidature à la magistrature suprême, alors qu’il est sans doute l’un des rares hommes d’Etat à avoir des qualités essentielles à l’exercice d’un tel mandat. Il est stupide et contre-productif de lui faire pour la N-ième fois le procès facile du 21 avril 2002. La stratégie du bouc émissaire ne peut que conduire le PS à biaiser avec son devoir d’inventaire, ce qui n’est pas son intérêt. J’observe avec satisfaction que François Hollande ne commet pas cette erreur. Posons simplement la question : quel est l’intérêt, pour la défense des idées de Jean-Pierre Chevènement, d’une candidature qui : - soit sera retirée dans quelques semaines, et aura donné le sentiment de n’être qu’un bluff de plus pour faire monter les enchères dans les tractations électorales, ce qui n’est guère à la hauteur des principes affichés - soit se heurtera à l’obstacle des 500 signatures (à moins que Jean-Pierre Chevènement n’accepte les parrainages que lui propose en off l’UMP depuis des mois, et donc n’admette d’en être l’otage contre son propre camp) - soit se fracassera au soir du premier tour, parce que malgré toutes ses qualités, Jean-Pierre Chevènement n’est plus perçu par les Français comme un acteur politique, mais comme une référence de sagesse ? Quoi qu’il en soit, la gauche et la France ont besoin d’entendre la voix de Jean-Pierre Chevènement. Elle s’exprimera, j’en suis sûr, aux côtés de François Hollande, le moment venu. Dommage qu'il prenne des chemins de traverse, au lieu d’aller droit au but. Dimanche 6 Novembre 2011
Patrick TRANNOY
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