Blog de Patrick TRANNOY

Tribune publiée dans La Corrèze Républicaine & Socialiste

Nous ne « protégeons » pas nos carrières, mais la République sociale !



Tribune publiée dans La Corrèze Républicaine & Socialiste
Dans une tribune publiée la semaine dernière par notre hebdomadaire préféré, notre camarade Jacques Calmon attaque « Chevènement » et ses « protégés », nous prêtant des manœuvres de « l’ombre » et des ambitions individuelles. Merci, cher Jacques, de me donner l’occasion de te répondre en rappelant ce pourquoi nous nous battons vraiment, nous les républicains de gauche du MRC – des combats qui, pour certains, sont aussi les tiens, je le sais.
 
En 2001, j’ai quitté le confort d’un parti majoritaire, le PS, pour rejoindre « la longue marche » des républicains de gauche rassemblés autour de Jean-Pierre Chevènement. Ce choix n’était évidemment pas « protecteur » de mes chances de réussir une rapide carrière politique… De même, les choix de Jean-Pierre de quitter, par trois fois, le gouvernement, sur des désaccords structurants, on montré qu’il faisait passer ses idées avant la jouissance des ors de la République.
 
Pourquoi le MRC ? Pourquoi existons-nous ?
Pour bénéficier de quotas sur des listes PS ? Si c’était notre motivation, nous serions bien mal avisés, tant il est vrai que, depuis toujours, le PS nous laisse la portion congrue, quand il ne nous fait pas la chasse. Dois-je rappeler qu’en 2008 encore, après avoir soutenu la candidature PS à la présidentielle, Jean-Pierre Chevènement a dû faire face à la concurrence d’un candidat PS à la sénatoriale de Belfort, en plus de son adversaire « naturel » de l’U.M.P. ?… Je ne parlerai pas ici de la Mairie du XIe arrondissement, enlevée à Georges Sarre en 2008 par le député PS Patrick Bloche, investi par son parti (par ailleurs favorable au non-cumul des mandats !), alors même que Georges Sarre, aux termes d’un accord signé François Hollande, devait bénéficier du soutien du P.S….
 
Non, décidément, si le MRC existe et se bat, avec peu d’argent et peu de relais médiatiques, c’est pour une raison tout autre que la recherche d’un confort « protecteur »… Ce que nous voulons « protéger », c’est la France républicaine, l’Europe, l’internationalisme, et, en définitive, l’idéal socialiste. Et faute de pouvoir conquérir le pouvoir à cette fin, nous voulons tout au moins maintenir la flamme de la République sociale dans le débat politique français.
 
La crise cataclysmique du capitalisme financier globalisé donne raison sur toute la ligne à Jean-Pierre Chevènement et à ses partisans.
En 1983, les républicains de gauche ont dénoncé le « tournant libéral », qui allait donner :
-  le libre-échange, à partir de l’Acte Unique, et le désengagement de l’Etat des politiques industrielles (on voit aujourd’hui les conséquences : délocalisations, désindustrialisation…) ;
-  la déréglementation de la finance (on voit aujourd’hui les conséquences avec la crise financière) ;
-  la course à la « désinflation compétitive », c’est-à-dire l’écrasement vers le bas du pouvoir d’achat des travailleurs modestes…
Bilan : 3 millions de chômeurs, 7 millions de travailleurs pauvres. Bravo le tournant libéral…
 
En 1991, l’impérialisme états-unien motivé par le pétrole et l’affirmation du dollar comme monnaie mondiale provoquait la première guerre du Golfe, onde de choc dans tout le Moyen-Orient. Chevènement a refusé que la France suive comme un caniche. En 2003, Jacques Chirac s’est rangé à cette attitude, renouant - pour l’occasion -avec le rôle internationaliste d’une France républicaine, et validant, douze ans après, l’analyse chevènementiste.
 
En 1992, les républicains de gauche du MRC ont dénoncé l’Europe de Maastricht, construite sur un modèle de confiscation démocratique et de libéralisations tous azimuts… En 2005, les Français nous ont donné raison. Et en 2010, l’impuissance de cette « Europe sans les peuples » est manifeste face à la crise grecque ; l’Euro est tiraillé de toutes parts, et l’option d’une monnaie commune (et non pas unique), défendue en son temps par Jean-Pierre Chevènement, est à nouveau avancée par nombre d’économistes comme possible palliatif à l’éclatement de la zone Euro.
 
En 2000, nous nous sommes opposés à toute compromission avec la mafia corse, dite « indépendantiste », et à l’idée de saucissonner le pouvoir législatif français. En 2003, les Corses ont à leur tour récusé par référendum ce « largage » programmé par Nicolas Sarkozy, dans la droite ligne du « processus de Matignon » de Lionel Jospin. Les Corses eux-mêmes, comme Jean-Pierre Chevènement trois ans avant, se sont ainsi dressés contre le démantèlement de la France, que les théoriciens de l’Europe des régions, libéraux d’ici et de là, avaient programmé.
 
Ces choix structurants, différents de ceux des directions successives du Parti Socialiste (mais dans lesquels, je le crois, une large partie de sa base se retrouvent) justifient « la longue marche » des chevènementistes.
 
Pour autant, nous avons toujours privilégié l’union de la gauche, dont Georges Sarre et Jean-Pierre Chevènement ont été des artisans dès les années 1960, alors que bien des « socialistes » voulaient constituer alors (ou déjà ?) une troisième force au centre. En 2002, il a fallu l’hermétisme total et intransigeant de Lionel Jospin à nos options programmatiques sur la République et la construction européenne, pour que Jean-Pierre Chevènement se résolve à être candidat à l’élection présidentielle, alors qu’il s’y est refusé en 1995, aux lendemains pourtant de la création prometteuse du MDC, et en 2007, deux ans après la victoire du NON au TCE, qui rendait sa candidature plus légitime que jamais.
 
Aujourd’hui, le MRC propose un programme de « salut public » pour réussir une véritable alternative en 2012. Nombreux sont ceux qui, même à gauche, ne veulent pas entendre nos analyses et les solutions que nous avançons. Nombreux sont ceux qui préfèreraient persévérer dans l’accompagnement de la mondialisation néo-libérale. Nombreux sont ceux qui préparent l’élection en 2012 d’un Papandréou français, comme si la vocation de la gauche, plutôt que l’alternative politique, était d’administrer, au profit de la rente, la potion de la rigueur, à un peuple qui souffre déjà d’une crise latente depuis la fin des années 1970.
 
Alors, aujourd’hui comme hier, le MRC se battra. On nous reprochera de présenter des candidats et de « diviser ». Quand nous n’en présenterons pas, on nous accusera de « ne rien peser »… On connaît la chanson.
 
Aux dernières élections régionales, le MRC n’a pas été particulièrement « protégé », puisque dans la moitié des régions de France, le PS nous a tiré dans le dos entre les deux tours ; en Limousin, la triangulaire a permis de respecter formellement l’accord, tout en évitant l’élection d’un républicain de gauche, qui a de surcroît l’inconvénient d’être jeune…
 
Je n’accorde, cela dit, aucune importance à cet épisode, car le nombril de Patrick Trannoy, comme celui de Jacques Calmon, ne méritent même pas qu’on les mentionne quand le pays, l’Europe, et le monde, s’enfoncent dans l’abîme.
 
Aussi longtemps qu’il le faudra, avec une stratégie ou une autre, un outil politique ou un autre, les républicains de gauche qui ont commencé « la longue marche » avec Jean-Pierre Chevènement la poursuivront, dussions-nous prendre des coups, non seulement de la droite, mais aussi de notre propre camp…
 
J’espère qu’un jour viendra où la gauche s’unira sur un véritable projet républicain, un jour où la gauche choisira résolument l’alternative à la mondialisation libérale, et non son accompagnement. Alors, le MRC pourra se fondre dans un grand parti de la gauche, un grand parti républicain et socialiste… La route semble encore longue ; « marchons, marchons… » !

Lundi 26 Avril 2010
Patrick TRANNOY