Merkel a assassiné la Grèce et l'Europe d'un même coup de dague
La porte-parole des intérêts du Mark fort (dénommé "Euro" depuis 1999) Mme Angela Merkel, peut accrocher à son tableau de chasse deux dépouilles fumantes : celle de la Grèce, et celle de l'Union Européenne.
Ceux qui, depuis longtemps, ont compris l'impasse de l'intégration européenne ressentent plus de peine et de rage pour la première que pour la seconde... Mais même les euro-fanatiques ne peuvent plus nier la réalité du fiasco. Le lâchage de la Grèce est révoltant
En refusant la solidarité financière envers la Grèce, solidarité pourtant élémentaire pour quiconque se fait une idée, même minimale, de l'amitié continentale, voire de la fraternité internationale, Mme Deutsche Mark précipite la Grèce dans une faillite annoncée qui me révolte. Combien de nos frères grecs vont se retrouver ruinés ? Combien de familles dans la misère ? Combien de suicides ? Combien de décennies de plomb vont peser sur l'avenir de tout un peuple ?
Mme Deutsche Mark, soyons honnêtes, n'est pas la seule coupable. Le "socialiste" (ouaf, ouaf, ouaf !) Papandréou aurait pu se sentir pousser des ailes (pour ne pas dire autre chose...) face au péril dramatique de son pays, et faire le tour des capitales européennes, non pas pour quémander de l'aide, mais pour prendre à partie les peuples de l'Union, les mettre en garde sur ce qui les attend, leur proposer un autre modèle de coopération, une autre politique monétaire. Il aurait pu devenir, non pas le grand malade de l'Europe, mais le héraut d'un autre paradigme européen - ce qui mériterait d'ailleurs de s'écrire "héros" ! Notre Président national aurait pu, lui aussi, se rappeler l'idéal universaliste de notre pays, et aller à la rupture avec Mme Deutsche Mark, en prenant nos frères allemands à témoin... Oserais-je rappeler d'ailleurs que nous avons payé, nous, tous les Européens, et en particulier les Français, à prix d'or, le coût de la réunification allemande... déjà pour soutenir le Mark fort, et la parité monétaire entre l'Est et l'Ouest allemands réunifiés ? Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, en prêtant à 7 voire 8% à la Grèce, les marchés ne lui laissent aucune chance de sortir de la crise. La potion de rigueur administrée par Papandréou avec autant de zèle qu'un premier Ministre de droite (ce qui nous laisse augurer de la réalité de "l'alternance" entre droite et gauche dans ce contexte européen - à méditer pour 2012 !), aura sur les comptes publics grecs l'effet d'une tisane au tilleul sur un cancer du foie... Coupables, aussi, les grands dirigeants socialistes d'Europe, qui auraient pu se liguer pour faire émerger dans le débat ce nouveau paradigme européen, et, au minimum, l'exigence de solidarité envers la Grèce... Car d'autres solutions sont possibles, à commencer par le rachat d'une part de la dette grecque par la BCE ou les Etats les plus puissants d'Europe, à commencer par la France et l'Allemagne... L'Europe est morte, vive l'Europe !
Autre dépouille fumante au tableau de chasse de Mme Deutsche Mark, celle de l'Europe.
Chausse-pied de la mondialisation libérale, l'Europe intégrée est déjà mise en cause par la faillite du capitalisme financier mondialisé ; la genèse spéculative de la crise grecque contribue à démontrer la caducité du modèle. L'Europe intégrée apparaît aussi pour ce qu'elle est au plan politique : un mythe, quand on n'est même pas foutu de se montrer solidaire d'un peuple européen en faillite ! L'Europe monétaire est elle aussi abattue. L'hétérogénéïté de la zone Euro paraît de plus en plus insoutenable, et nombreux sont ceux qui osent désormais parler du probable retour à plusieurs monnaies européennes, avec, au plus, une monnaie commune... sauf à ce que soit mis en place d'urgence un pilotage de l'Euro au service de la croissance et de l'emploi ; on peut rêver. Il est grand temps d'ouvrir les yeux et de voir que les élites financières et politiques qui font profession de "sentiment européen profond" depuis des décennies nous ont la plupart du temps menti, et dans tous les pays, à droite comme à gauche. En réalité, c'est l'intérêt de la finance mondialisée qui a été défendu, contre l'Europe, contre ses peuples, contre ses emplois, contre ses entreprises. C'est la raison pour laquelle, contre toute logique, la monnaie unique a été préférée à la monnaie commune, et l'Euro a été de surcroît aligné sur le Mark fort, ce dont seuls les rentiers peuvent se réjouir... Il est grand temps d'ouvrir les yeux, oui ; grand temps de promouvoir une toute nouvelle ambition européenne, basée sur la coopération des peuples, et leur capacité à faire prévaloir des projets concrets et des solidarités réelles, pour construire, lentement mais sûrement, le mieux-disant social et environnemental européen, et la puissance dont nous avons besoin dans un monde aujourd'hui dominé par les Etats-Unis et la Chine. A lire sur le même sujet, en cliquant ici, "Sortons de la zone Mark ", par Bruno Moschetto, universitaire, adhérent du MRC Corrèze.
Vendredi 9 Avril 2010
Patrick TRANNOY
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