Le choix d'un PrésidentPourquoi je voterai François Hollande le 9 octobre
Ce ne sera pas une surprise pour ceux qui ont suivi mes prises de position depuis le mois de mai dernier. Je m'en suis ouvert dès la fin du mois de juin par une lettre à Jean-Pierre Chevènement, qui reste la référence de mon action. Je l'ai indiqué en juillet lors d'un meeting à Tulle. Il est temps de l'officialiser aujourd'hui, ici : j’ai choisi de soutenir la candidature de François Hollande à la Présidence de la République à travers les primaires citoyennes.
Beaucoup de mes camarades de combat républicains et socialistes partagent ce choix, et ne tarderont pas non plus à l'exprimer. Clair sur les principes de la République, tels que la laïcité, François Hollande porte aussi une exigence forte de justice sociale ; ses orientations font écho à nos convictions profondes. Nous avons eu par le passé des divergences notables. Pour la petite histoire, c’est une candidate nommée Trannoy qui a représenté, au débotté, le Pôle Républicain de Jean-Pierre Chevènement dans la circonscription de François Hollande en 2002, dans ce contexte si épouvantable pour tout le monde… Ni moi, ni mes proches, n’ont jamais fui leurs responsabilités pour défendre leurs idées. D’aucuns ne comprennent pas que nous sachions aujourd’hui transcender nos oppositions d’hier. Certains me demandent comment je peux soutenir un candidat qui, comme la plupart des députés PS, a permis, en 2008, l’adoption du traité de Lisbonne, reprise du T.C.E. rejeté le 29 mai 2005 par une majorité de Français. J’ai, effectivement, mené une campagne acharnée pour le « non ». J’ai manifesté - avec bien peu de camarades, du reste - devant le château de Versailles pour rappeler le choix souverain du peuple français, que le Congrès n’était pas légitime, selon nous, à contredire... Au lendemain de 2005, je ne sais s’il était possible de bâtir une force politique à vocation majoritaire, à partir de l’expression démocratique des classes populaires pour le « non ». Jean-Pierre Chevènement, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Fabius, nos camarades communistes, des gaullistes authentiques, auraient peut-être pu en tracer la voie. Ils ne l’ont pas fait. Chacun est resté sur son quant à soi, comme toujours. Même l’extrême-gauche n’a pas pu s’entendre sur un candidat unique en 2007 ! Quant à Jean-Luc Mélenchon, Jean-Pierre Chevènement, et Laurent Fabius, ils ont soutenu Ségolène Royal, qui avait voté oui. Les partis et les alliances traditionnels ont repris leurs droits. Outre cette impasse politique, il faut tenir compte de deux réalités politiques fortes. La première, c’est que beaucoup de ceux qui avaient voté « oui », à partir d’une interprétation à nos yeux erronée du T.C.E., l’avaient fait au nom de principes et d’objectifs partagés avec beaucoup de ceux qui avaient voté « non ». Des objectifs de renforcement de la puissance publique, adossée à la citoyenneté, contre le marché. Pour nous, « nonistes », le T.C.E. bannissait cette puissance publique citoyenne ; pour beaucoup de « ouistes », le T.C.E., en tous cas l’Europe de leurs rêves, y faisait droit. La deuxième, c’est que l’Europe de 2011 n’est plus celle de 2005 ni de 2008. Les faits ont, selon moi, donné raison aux pourfendeurs de l’Europe libérale. Ils ne vont peut-être pas tarder à donner raison aux pourfendeurs de l’Europe intégrée, uniformisatrice. Le château de cartes technocratique, monétariste, dérégulé, qui a tenu lieu de construction européenne, tremble de la tête aux pieds, et se fissure gravement, à la faveur de la grande crise financière, économique, monétaire et sociale que nous traversons. Des fêlures de l’Euro à l’éclosion des « indignés », en passant par le vent en poupe des droites nationales, tout montre que le vieux modèle de construction européenne a failli, et que les citoyens ne lui font aucune confiance. La même urgence s’impose désormais à tous les hommes et femmes de bonne volonté, ceux qui ont cru à l’Europe telle qu’elle s’est faite, comme ceux qui n’y ont pas cru : pour sauver notre modèle social et ne pas être engloutis à vitesse grand V entre les Etats-Unis et la Chine montante, il est grand temps de mettre la BCE sous le contrôle d’un dispositif intergouvernemental de pilotage économique européen, agissant sur les leviers de la relance ; il est grand temps de tenir à l’Allemagne un langage de vérité sur les limites de sa stratégie de « passager clandestin » en matière commerciale, elle qui réalise ses excédents sur le dos de ses voisins exsangues, creusant peu à peu sa propre tombe ; il faut se hâter de parler d’une voix forte pour peser à l’échelle du monde en faveur d’une re-régulation de l’économie, notamment des flux financiers et du commerce international. Je n’entends pas François Hollande proposer autre chose pour l’Europe. Il ajoute un engagement en faveur d’une taxe européenne sur les transactions financières, pour donner à l’U.E. les moyens de sa politique de relance, que Jean-Pierre Chevènement appelle « initiative de croissance ». Faut-il le déplorer ? Sûrement pas ! Personne ne l’oblige à faire cette proposition ; faut-il par principe mettre en cause sa sincérité ? Je ne le crois pas. J’appelle, en effet, à transcender les oppositions qui font le miel de la droite atlantiste, ultra-libérale, irrespectueuse des travailleurs et des petites gens, celle qui nous inflige depuis 2007 sa politique de gribouille, dont le seul cap à peu près cohérent est la défense constante des plus privilégiés. Je ne crois pas qu’il puisse être d’aucune manière responsable de faire la politique du pire, dans la situation où se trouve la France. Je ne crois pas à l’électrochoc qui, en imposant une nouvelle défaite à la gauche, la pousserait à une mue salutaire. Le seul résultat certain d’une telle tentation serait d’en prendre pour cinq ans de plus avec ce pouvoir exécrable ! Or chaque année qui passe rend l’abaissement de la France et les maux causés aux Français un peu plus irréversibles… Je souhaite que Jean-Pierre Chevènement puisse influencer au maximum le prochain Président de la République. Je n’imagine pas que cette influence soit indexée sur l’exposition médiatique qu’une pré-candidature ou une candidature lui permettra d’avoir pendant quelques mois, ni a fortiori, du moins faut-il l’espérer, sur le petit score qu’il peut escompter dans les sondages, voire au premier tour de l’élection présidentielle, si effectivement il y concourt. Son influence sera à la mesure de la pertinence de sa pensée et de sa force morale, qui lui donnent, aujourd’hui encore, un écho particulier chez ses pairs et beaucoup de citoyens éclairés. Ce qui paraît certain en revanche, c’est que Jean-Pierre Chevènement pourra difficilement se faire entendre de Nicolas Sarkozy, si ce dernier est réélu. L’influence du Che, l’influence de nos idées, a pour condition sine qua non la victoire de la gauche en 2012. C’est à cela que je travaille donc. Enfin, soutenir un candidat pour l’aider à devenir Président de la République, c’est aussi choisir un homme. Ceux qui considèrent que mon choix est dicté par des ambitions locales se trompent : si tous les Corréziens qui soutiennent François Hollande devaient être récompensés par un mandat, il ne suffirait pas de l’abrogation de la réforme territoriale pour trouver un mandat à trois Corréziens sur quatre ! En revanche, mon engagement local m’a permis de mieux connaître l’homme, et ceci compte dans mon choix. Je revendique de choisir un homme dont j’ai observé qu’il est attentif, respectueux, élégant avec les personnes, ce qui vaut bien des proclamations d’humanisme. Je revendique de choisir un homme qui parle d’égal à égal avec les grands scientifiques comme avec les paysans, avec les grands industriels comme avec les garagistes, avec les conseillers d’Etat comme avec les conseillers municipaux, ce qui vaut bien des invocations du principe d’égalité. Je revendique de choisir un homme dont j’ai observé qu’il aime la France dans ses profondeurs, ses terroirs, ses histoires, la grande comme les petites, ce qui vaut bien des professions de patriotisme. Nous avons un rendez-vous capital en 2012, qui se joue dès le 9 octobre 2011. Je ne me serais pas pardonné d’avoir regardé et commenté, au lieu d’y participer. Chemin faisant, je ne doute pas que je retrouverai la plupart de mes camarades républicains, qui entreront à leur tour dans l’action, au moment qu’ils jugeront le plus approprié. Ils seront toujours les bienvenus. Mardi 13 Septembre 2011
Patrick TRANNOY
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