Blog de Patrick TRANNOY

La Gauche en héritage

A l'occasion du treizième anniversaire de la mort de François Mitterrand, voici un article que j'avais déjà publié en 2006.



Avec François Mitterrand, le 8 janvier 1996, le dernier grand homme d’Etat de gauche a-t-il disparu ?

La question peut surprendre. Mitterrand, c’est le tournant de la rigueur en 1983 : ce n’est pas l’idée que nous, républicains de gauche, nous nous faisons de la gauche. Mitterrand, c’est la guerre atlantiste de 1991 : ce n’est pas l’idée que nous, républicains de gauche, nous nous faisons de la France. Mitterrand, c’est les années fric, symbolisée par Tapie, dont il a fait un Ministre ; c’est la rémunération croissante du capital, qui mange la laine sur le dos du travail. C’est, surtout, la substitution du mythe européïste à l’idéal socialiste.

Tout cela, nous n'avons pas attendu la mort du Président Mitterrand pour le dire. Nous pouvons donc nous sentir particulièrement libres, aujourd’hui, pour nous souvenir de ce qui, de là où nous regardons l’Histoire, est peut être l’essentiel : oui, malgré tout, François Mitterrand reste à ce jour le dernier véritable homme d’Etat de gauche. Parce que c’est le dernier qui a su réconcilier, pendant longtemps, autour du 10 mai 1981, la majorité sociale et la majorité politique du pays.

C’est sans doute ce qui explique que sa popularité posthume tend vers ses records de popularité des années 1980 : Mitterrand a la popularité qu’on n’a pas su atteindre après lui. Qui peut prétendre, aujourd’hui, incarner la possibilité de traduire en actes politiques les aspirations de la majorité sociale des Français, comme François Mitterrand l’a fait, au moins, le 10 mai 1981 ?

Qui peut seulement prétendre, aujourd’hui, avoir bâti l’outil du rassemblement de la Gauche, qui, depuis 1905, a toujours été la condition nécessaire aux grandes avancées en actes des idéaux sociaux (même à la Libération, la gauche n’était pas seule, mais elle était unie) ?

François Mitterrand nous a laissé la Gauche en héritage. Un héritage qu’il a lui-même bien malmené entre 1983 et 1995, encore que la politique libérale conduite au nom de la Gauche après 1997 donnerait presque aux deux septennats de François Mitterrand des allures de socialisme ! Lui au moins n’a pas privatisé ! Et il n’est jamais allé aussi loin que ceux qui ont prétendu lui succédé, dans la dissolution de la République : lui au moins n’a pas cherché à éclater le pouvoir législatif au gré des ethno-régionalismes !

Oui, François Mitterrand nous a laissé la Gauche en héritage. Saurons-nous relever ce défi historique ? Par un projet, bien sûr, qui réponde aux aspirations populaires ; mais le 10 mai 1981 ne doit pas tout au contenu du programme « changer la Vie », si non, Mitterrand n’aurait pas gagné encore plus largement le 8 mai 1988. Comment, alors ? En réussissant l’amalgame d’une majorité sociale, et en lui proposant un débouché politique crédible, ce qui suppose, à l’évidence, et pour le moins, le rassemblement de la « Gauche » partisane. Et, sans doute, l’émergence et le façonnage d’un homme d’Etat à gauche qui sache à nouveau donner au « petit peuple » le sentiment que c’est à travers lui qu’il va à nouveau entrer dans l’Histoire. Alors, nous pourrons peut-être gagner. Et alors, nous pourrons peut-être agir. Et alors, nous essaierons, cette fois, de ne pas consentir à l’échec.

Jeudi 8 Janvier 2009
Patrick TRANNOY