Blog de Patrick TRANNOY

Dimanche, on vote ! Meeting de 2d tour - mon intervention

Retranscription, seul le prononcé fait foi.



Dimanche, on vote ! Meeting de 2d tour - mon intervention
23 mars 2011

Comme dirait Géronte à Scapin : « mais que diable allait-il faire dans cette galère ? ». Nous sommes ici, ce soir ; nous pourrions être chez nous. Sur des chaises tout aussi moelleuses, avec devant nous une assiette de farcedures… En regardant une rediffusion d’un navet télévisuel états-unien – naturellement états-unien, puisqu’avec la domination de l’argent sur les mass-media, Hollywood est devenue la capitale mondiale de la « culture ».

Et pourtant nous sommes ici. C’est un plaisir d’être ensemble. C’est un plaisir d’être dans cette ville et dans cette salle, chers Jean-Jacques et Robert. Mais pour quoi faire ? Et bien pardonnez-moi d’être grossier, pour faire de la « politique ». Quel mot étonnant. Quelle drôle d’idée. Montalembert disait « vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s’occupe de vous quand même ». Mais ce n’est pas pour ça que nous faisons de la politique. Pas pour nous occuper de nous, en tous cas pas de nous-mêmes. Alors pourquoi ? 

Avez-vous essayé de dire à vos amis que vous faisiez de la politique ? Ils vous regardent comme si vous étiez malades, avec inquiétude. Ou alors avec suspicion : en particulier, on vous accuse de vouloir gagner de l’argent en faisant de la politique. Quelle erreur ! On en perd plutôt. Enfin on en perd pendant trente ans, avant de pouvoir éventuellement en gagner – un peu ! – quand on a atteint l’âge de raison, l’âge des investitures confortables et des responsabilités de premier plan, c’est-à-dire, souvent, très tard ! C’est bien connu, en politique, on est d’abord trop jeune, longtemps, et puis vient le moment, où… on est devenu trop vieux ! 

Mais entre temps, on milite. On donne son temps, son énergie. Et finalement, pourquoi ?

L’ambition ? Ca me fait bien rigoler, l’ambition. L’autre jour un journaliste de La Montagne écrivait à mon propos : « jeune chevènementiste ambitieux ». J’ai trouvé que deux oxymores en trois mots, c’était une sacrée performance quand même. « Jeune chevènementiste », déjà, avouez que c’est amusant. Et « chevènementiste ambitieux », c’est pas mal non plus ! Comme le rappelait Philippe, ce n’était pas le choix le plus propice à l’ambition, le chevènementisme, mais c’est celui de mes convictions.

Non, pourquoi la politique ? 

Il vous est sans doute arrivé un matin, en vous rasant - ou en vous brossant les dents Mesdames -, non pas de penser à la présidentielle, mais de rencontrer fortuitement dans le miroir votre visage. Ca ne peut pas surprendre. Et pourtant parfois, surtout quand on n’est pas bien réveillé, on peut se dire, tiens qui est-ce, qu’est-ce que cette personne fait là ? Au fond, quel sens peut-on donner à sa vie ? 

Aimer, aimer ses enfants, aimer son prochain. Mais ça ne suffit pas à donner un sens. Ca ne suffit pas à donner un sens quand, dans le même monde, des oligarques croulent sous les pétrodollars, et un être humain meurt de la faim toutes les 4 secondes. 

Ca ne suffit pas quand dans un canton comme celui de Brive Centre, on rencontre un Monsieur handicapé qui vit dans une chambre lugubre, malodorante, où il dort sur une chaise longue. Ca ne suffit pas quand, après avoir sonné à une porte, on voit apparaître par la fenêtre du première étage une mamie presqu’en pleurs, qui dit « faites quelque chose pour que j’aille en maison de retraite, je ne veux pas être seule, je ne veux pas vieillir seule », et on entend tous ce qu’elle nous dit, sans prononcer les mots : « je ne veux pas mourir seule ». Et les jeunes ! Pour vous parler des jeunes, je vais encore vous parler d’une mamie. Voici la lettre que j’ai reçue la semaine dernière.

[Lecture de la lettre d'une grand-mère de 90 ans s'inquiétant que son petit-fils soit sans emploi, et qu'il finisse par trouver "qu'il n'est bon à rien".]

Alors on ne règlera pas le problème d’emploi de tous les jeunes avec le Conseil Général. Il faut aussi changer la donne mondiale, européenne et nationale. Et c’est pourquoi on ne saurait déconnecter totalement les élections locales des options politiques nationales. Mais oui, il faut agir, agir, agir, et pour agir, il faut faire de la politique, y compris de la politique locale, au plus proche de chacun.

Avec Catherine, vous voyez que nous sommes allés au plus près de chacune et de chacun. Nous avons fait nôtre cette maxime de Coluche : «La politique c’est comme le flirt : si on veut aller plus loin, faut aller plus près.»

Mes chers amis, Mesdames, Messieurs, je ne suis peut-être pas le bon candidat pour les cantonales à Brive Centre. Il m’importe peu pour ma part d’être flatté, salué par mon prénom (intimité), voire un diminutif (Pat’, plutôt que Fred’) et en même temps avec révérence (notabilité). Pour moi, ce n’est pas ça le sens de l’engagement. 

Mon engagement dans ce canton, dans notre département, c’est pour nos services publics, pour nos petites entreprises, pour les familles, pour les jeunes qui galèrent, pour les aînés et leurs conditions de vie.

Oui, pour eux nous avons le devoir d’agir. Un mandat, et en l’espèce un mandat de conseiller général, n’appartient pas à celui à qui il est confié, mais aux citoyens qui le lui confient. Je déplore cette conception patrimoniale et égocentrée de la politique, qui peut conduire un élu, tel que le sortant sarkozyste du canton de Brive Centre, à se servir de son mandat de conseiller général comme faire valoir de son égo et base arrière de ses autres ambitions, au lieu de l’exercer pour ce qu’il est et pour l’intérêt général.
 
De même que je déplore son sens particulier de la démocratie, puisque ce Monsieur a refusé de débattre avec moi entre les deux tours. Considère-t-il qu’il n’y a pas eu assez d’abstention dimanche dernier ? Qu’il faut congeler encore un peu plus le débat démocratique pour qu’encore moins de citoyens aillent voter ? Bien sûr que c’est son objectif, puisque plus l’abstention est forte, plus le suffrage universel s’apparente au suffrage censitaire, et plus il y a de chances que les gens de son petit microcosme lui offrent un score de maréchal !

Car c’est bien là le problème de ce canton. La majorité sociale des gens ordinaires, dont trop subissent même la pauvreté, cette majorité sociale n’est pas toujours inscrite sur les listes électorales, souvent les inscrits ne participent pas au scrutin, et finalement, c’est une caste de nantis qui décide pour les autres, car 818 bulletins Soulier au premier tour, c’est peut-être 45% des exprimés, mais ça ne fait qu’un citoyen sur sept en âge de voter !  

Il a donc refusé le débat démocratique. Je me demande bien pourquoi ; avait-il peur qu’on lui demande des comptes ? Il a fui ! Il a fui le débat ! Je lui dédicace cette citation de Boris Vian : « un homme digne de ce nom ne fuit jamais ; fuir, c’est pour les robinets ». 

Mesdames, Messieurs, chers amis, il faut gagner dimanche prochain. Et on peut gagner dimanche prochain, si chacune et chacun d’entre vous convainc une ou deux personnes d’aller voter. Tout simplement. Il faut gagner pour changer de conseiller général à Brive Centre, que dis-je, pour élire enfin un vrai conseiller général à Brive Centre, et pour donner une majorité à François Hollande. Pour que nous ne retombions pas dans cet exercice du pouvoir pour le pouvoir, celui de nos adversaires sarkozystes, mais que nous agissions dans l’intérêt général, en véritables républicains.  

Le sortant sarkozyste a dit un jour : « je suis aussi républicain que Monsieur Trannoy ». Non Monsieur, vous n’êtes pas un républicain : car la République des mots, ce n’est pas la République des actes.

Nous n'avons décidément pas la même conception de la politique, avec Monsieur Soulier. Mais heureusement, en politique, il n'y a pas que Soulier. Il y a aussi Seillé. La petite différence phonétique qui change tout.

Véronique Seillé, Etienne Patier, Jean-Pierre Nadin ont porté au premier tour des démarches courageuses et utiles à la démocratie. Leur soutien n’est pas seulement, au second tour, un plus arithmétique précieux pour l’élection de dimanche ; c’est un honneur et un plaisir au plan humain, et au plan du foisonnement des idées. J’ai eu Marc Horvat au téléphone, aussi. Les portables ne sont pas encore interdits par les écologistes, profitons-en ! Blague à part, il m’a assuré de sa convergence de vue sur beaucoup d’enjeux, et m’a dit souhaiter ma victoire dimanche. Il est empêtré, avec ses amis, dans une posture départementale un brin jusqu’au-bout-iste, mais personne ne doute du choix des électeurs qui savent bien que le respect de l’environnement, la protection du patrimoine, une certaine idée de la démocratie, ne sont pas portés par Frédéric Soulier ! 

Rassemblés sur l’essentiel, nous allons gagner dimanche !  Grâce à vous. Grâce à tous ceux qui nous ont soutenus. Et pour n'oublier personne, je n'en citerai qu'un, qui vous représente tous, le Président de notre comité de soutien, Daniel Bayard.

Nous allons gagner dimanche. A Brive Centre et en Corrèze. Et ça ne suffira pas à « changer la vie ». Il faudra faire encore plus de politique ! Gagner les présidentielles de 2012. Et, même ça, chers camarades, ça ne suffira pas. Il faudra faire encore de la politique, encore de la confrontation idéologique, encore assurer un relais permanent entre la réalité sociale du pays et les élites dirigeantes, il faudra faire encore plus de politique pour que l’alternance que nous aurons portée soit une véritable alternative, pour ne pas décevoir, pour ne pas creuser encore un peu plus le désespoir du peuple, son abstention, et la tentation Le Pen, car même avec une perruque blonde et une sauce anti-libérale, même avec une analyse parfois imparable des dingueries de la globalisation, cette voie là, c’est celle de la xénophobie et de la haine d’autrui. 

Oui, chers camarades, citoyennes, citoyens, nous n’avons pas fini de faire de la politique ! 

A dimanche, pour la victoire, la victoire de Brive Centre, la victoire de la Corrèze, la victoire de la République, celle que nous avons au cœur !./

Vendredi 25 Mars 2011
Patrick TRANNOY