Blog de Patrick TRANNOY

Des agriculteurs manifestent à Paris, et les autres ?

La manifestation des agriculteurs qui se déroule ce matin à Paris m'inspire une réaction de soutien nuancé.



Qui pourrait accepter une baisse de revenu de 50% ?

Des agriculteurs manifestent à Paris, et les autres ?
Il s'agit, principalement, pour ne pas dire exclusivement, d'une manifestation de céréaliers, à l'appel de la FNSEA. Les céréaliers, selon le Ministère de l'agriculture, ont vu leur revenu diminuer de près de moitié en 2009 ; on ne saurait donc s'étonner qu'ils protestent et revendiquent. Quelle profession ne le ferait pas, dans les mêmes circonstances ? D'autant que, si les céréaliers sont les agriculteurs qui gagnent le plus (45 000 Euros annuels en Ile de France et Champagne-Ardennes, semble-t-il, et 15000 Euros en Aquitaine ou Midi-Pyrénées), on est loin des revenus mirobolants des grands patrons...

Je soutiens la défense de la PAC contre le tout-marché

Dans la liste de leurs revendications, je suis en phase avec leur refus du démantèlement de la PAC, qui reviendrait à :
- exposer sans protection nos agriculteurs au dumping mondial,
- inciter les consommateurs à acheter des produits agricoles venus de loin, et fabriqués dans des conditions sociales, environnementales, voire sanitaires, sujettes à caution,
- exploiter les ressources agricoles des pays du Sud, contre leur souveraineté alimentaire.

Le marché agricole n'est que déjà trop libéralisé. Ce qui se prépare au niveau de l'Union Européenne et de l'O.M.C. est extrêmement préoccupant. On peut lire à ce sujet mon intervention au Conseil National du MRC en novembre dernier.

Agriculteurs de toutes sortes, unissez-vous !

Document France Infos
Document France Infos
En revanche, je m'étonne que les céréaliers dénoncent le redéploiement de certaines aides vers d'autres producteurs.

D'une part, il semble que les "gros" céréaliers du bassin parisien déplorent le redéploiement d'aides vers les "petits" céréaliers du Sud-Ouest de la France, qui gagnent pourtant trois fois moins.

D'autre part, les céréaliers dénoncent le redéploiement des aides vers les éleveurs et d'autres catégories agricoles. Or, même divisés par deux, leurs revenus restent au-dessus de la moyenne des revenus agricoles, comme le montre le graphique ci-contre.

Cette division du monde agricole est consternante. On aurait souhaité une mobilisation de tout le monde agricole (et de tout le monde du travail), en faveur de nos maraîchers, scandaleusement détroussés par Bruxelles cet été, ce que j'avais dénoncé ici. On aurait souhaité une solidarité totale du monde agricole (et de tout le monde du travail) en faveur des producteurs de lait...

Les céréaliers ne nous convaincront pas en se dressant contre des agriculteurs moins bien lotis qu'eux, et dont il craignent d'atteindre le niveau de pauvreté à cause de trop de redistribution ! J'emploie le mot de pauvreté en toute conscience : je rappelle qu'en 2009, le revenu agricole moyen en Limousin était de 8500 Euros (non, je n'ai pas oublié un zéro) : moins d'un SMIC par mois !

Ils ne nous convaincront pas non plus en réclamant moins de "charges", c'est-à-dire moins de contribution à la solidarité nationale.

Mais qu'on se mette tous ensemble, et le plus vite possible, à dénoncer le tout-marché, le dumping mondial, la victoire progressive de l'O.M.C. sur la P.A.C., avec la complicité de l'oligarchie bruxelloise ! Oui, ça, c'est un combat !

Mardi 27 Avril 2010
Patrick TRANNOY