Ce que je pense du désaccord MRC - "Front de Gauche"
Chers camarades,
De nombreux internautes ont écrit à demainlagauche.fr pour nous demander notre sentiment sur le désaccord MRC - Front de Gauche. Je vous livre, à titre d'exemple, un courriel reçu : "Je suis lecteur de votre site et articles. J'ai noté dans la presse un désaccord du MRC pour rejoindre le front de gauche. A lire votre précédent article le MRC PARIS soutenait largement une motion en faveur d'un accord et d'une participation aux élections européennes avec le front de Gauche. Allez vous rester silencieux durant cette campagne ou au contraire maintenir le cap vers la gauche ( le front ! ) ? Je ne vois pas comment le MRC peut rester silencieux et se taire sur la question européenne... Cordialement, Bruno FAUVEL" Je me décide donc, quelques jours après, à dire ce que je pense de ce désaccord. Ce n'est que mon analyse, et elle est de parti pris, puisqu'avant d'animer "Demain la Gauche", je suis, et je le revendique, un militant du Mouvement Républicain & Citoyen. J'ai fait partie de ceux qui ont vivement souhaité que le MRC participe au "Front de Gauche". Et j'ai même du mal à parler au passé composé... Je considère en effet qu'il faut proposer une dynamique de continuation du NON du 29 mai 2005, et ce d'autant plus que la ratification par la France du traité de Lisbonne (matrice du "Manifesto" du PSE), est une violation complète de souveraineté qui n'aurait pas dû rester sans lendemain. Proposer cette dynamique relève de la responsabilité et du bon sens, quand la crise invalide toutes les politiques néo-libérales et sociales-libérales menées depuis 25 ans par les béni-oui-oui faillis de la pensée unique. Seulement voilà, cela n'a pas été possible. Et le MRC n'en porte pas la responsabilité principale. A l'heure de la récession, il nous a été interdit par les négociateurs du PC, du PG et de GU, de faire campagne avec le "Front de Gauche" pour relancer et partager une croissance économique créatrice de richesses socialement utiles et respectueuse de l'environnement. Oui, le mot "croissance" est proscrit par les partenaires du "Front de Gauche". Les partisans de la décroissance semblent avoir marqué des points à la gauche de la gauche... Quel dommage quand l'Industrie française fout le camp, et que c'est à court terme et à long terme un saccage d'emplois, de savoir faire, gravement préjudiciable ? A l'heure de la mondialisation malade, il nous a été interdit par ces partenaires de plaider pour une politique de flux migratoires équilibrée, basée sur le co-développement, et sur une maîtrise humaniste des entrées sur le territoire européen et national. Non, le slogan du "Front de Gauche" est la régularisation de tous les sans papier. Quelle aubaine, pour une MEDEF qui rêve de main d'oeuvre bon marché, non syndicalisée, non revendicative ! A trop courir après le NPA, rend-on vraiment service aux travailleurs de ce pays ? A l'heure de l'oligarchie folle, il nous a été interdit par le PC, le PG et GU de prôner la souveraineté du peuple, c'est-à-dire une citoyenneté effective, dans le cadre de la Nation, cadre premier de la démocratie, une Nation ouverte, coopérative, une France internationaliste. Oui, cela nous a été interdit : pour le "Front de Gauche", la citoyenneté, c'est la résidence, et la souveraineté, c'est à l'échelle de l'Europe ! C'est assez lamentable, je dois bien le dire, que la Nation citoyenne soit devenue taboue, qu'on mélange résidence et citoyenneté, coopération et "souveraineté européenne"... Quel meilleur service à rendre à l'oligarchie financière que de broyer la citoyenneté ? Le parti de Rol Tanguy et tant d'autres résistants patriotes perd parfois sa boussole... Imaginez le chemin pavé de roses qu'aurait emprunté le "traité constitutionnel européen" si la souveraineté nationale avait totalement disparu, si donc il n'y avait pas eu de référendum en France ni aux Pays Bas ? A l'évidence, la France et les Pays Bas n'ont pas dit NON pour des raisons totalement semblables, de même que ces raisons ne sont pas totalement semblables à celles qui ont conduit l'Irlande à rejeter le traité de Lisbonne. Et dans l'hypothèse d'une consultation de l'opinion publique européenne, quels auraient été les termes du débat ? Quel aurait été le résultat ? Les pays d'Europe de l'Est et le Royaume uni auraient-ils dit NON à une politique étrangère européenne inféodée à l'OTAN ? Le "service public" à la française, qui se distingue le plus du "service d'intérêt général" européen, aurait-il motivé tous les peuples à rejeter le traité ? La défense de la laïcité aurait-elle convaincu les Polonais ? La nécessité d'un Euro moins fort aurait-elle convaincu les Allemands ? Bien sûr que non ! C'est au nom de chacun des contrats sociaux, en vertu des acquis auxquels tient chaque peuple, de son histoire, autant qu'en vertu d'idéaux partagés à l'échelle de l'Union par les forces de progrès, qu'a été rejetée la machine à états-unier l'Europe qu'était la Constitution Giscard ! Dans ces conditions, comment pouvions-nous nous rallier au "Front de Gauche", où notre faible influence en termes de candidatures n'aurait même pas permis de rectifier le tir d'une plate-forme insatisfaisante ? C'est donc la mort dans l'âme que je me suis résigné à constater l'impossibilité d'un accord. Je regrette toutefois la tonalité péremptoire de la résolution nationale du MRC. Je crois qu'il faut se garder de jugements catégoriques inutilement blessants à l'égard de ceux qui restent nos plus proches camarades, et avec lesquels il y a eu, et il y aura, de beaux combats communs. C'est toute l'histoire de la gauche que de n'avoir pu accéder aux responsabilités qu'en rassemblant des courants épars, parfois même contradictoires. L'erreur (elle était probablement voulue) du "Front de Gauche" est d'avoir cherché à figer une position idéologique strictement commune. Nous devons apprendre à distinguer les échéances. Le MRC lui-même doit cesser de s'enfermer dans une approche strictement théorique et long-termiste : il faut conserver notre capacité à voir loin et à penser global, mais il faut aussi être capables de proposer des décisions politiques concrètes à l'échelle de 1 à 10 ans, et nous nous rendrons compte qu'à cette échéance, nous pouvons trouver de larges points d'accord avec nos partenaires de la Gauche. C'est à ce travail, aussi, que veut contribuer "Demain la Gauche". Nous prendrons des initiatives dans les prochains mois pour faire apparaître des convergences entre ceux qui, parfois, s'appliquent tellement à souligner leurs spécificités respectives, qu'ils désespèrent le monde du travail. Un monde du travail dont la mobilisation sociale, pourtant forte, s'échoue de fait sur l'absence de toute perspective politique... L'espoir, lui, ne doit pas s'échouer sur les récifs des aléas politiques. Il faut garder l'espoir de rassembler une majorité sociale, et de la transformer en majorité politique. On gagnerait à ne pas oublier les fondamentaux de la République Sociale à cette fin... Mercredi 25 Mars 2009
Patrick TRANNOY
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