Banquet républicain de Brive
Le 28 mai dernier, au Chapon fin à Brive, le MRC 19 réunissait plus de 30 adhérents, sympathisants et curieux, pour un banquet débat.
Ci-dessous, la retranscription de mes interventions.
Préambule
Chers camarades, merci à toutes et tous d’être venus si nombreux pour un moment de convivialité et de débats, à l’initiative des républicains de gauche du MRC, Mouvement Républicain & Citoyen, et plus précisément de la fédération de la Corrèze. Nous sommes réunis cinq ans après le NON français au traité constitutionnel européen, et en pleine crise de la zone Euro. On parlera beaucoup d’Europe ce soir, et sur les questions économiques et monétaires en particulier, nous entendrons notre excellent compagnon Bruno Moschetto, universitaire, économiste, qui a été un acteur majeur du système bancaire français. Nous sommes réunis à la veille d’un congrès du MRC, qui aura lieu les 26 et 27 juin prochains à Paris, et au cours duquel nous adopterons notre programme pour l’élection présidentielle ; un programme de « salut public », l’avons-nous intitulé, ce qui n’est pas un titre anodin, et nous aurons l’occasion de nous intéresser à son contenu et à son ambition. Je salue particulièrement la présence de Lucienne Jaubertie, présidente d’honneur du MRC Corrèze, et je tiens à excuser, pour des raisons de santé sans gravité, alors qu’il avait programmé sa venue, l’absence d’un pionnier du chevènementisme, figure de la vie politique de Haute-Vienne : Gilbert Chapeaublanc. Je salue aussi des élus MRC en Limousin, Alain Laurent à Chaptelat, Jacques Souletie à Tulle, et j’en oublie sans doute. Alors il y a aussi ceux qui ne sont pas élus, mais qui ont quand même porté nos couleurs lors des derniers scrutins, Thérèse Trannoy et Fernand Larivée aux municipales, Madeleine Hébrard et moi-même aux régionales. Je remercie particulièrement Fernand Larivée, notre trésorier départemental, d’avoir organisé activement notre réunion de ce soir et choisi ce restaurant qui nous promet une ambiance chaleureuse et un échantillon appréciable de la gastronomie corrézienne. Merci à ceux qui ont parcouru du chemin pour venir nous voir en Corrèze. Je n’oublie pas qu’il y a parmi nous ce soir des amis qui ne sont pas au MRC, et je les remercie particulièrement de l’intérêt qu’ils nous portent, de leur ouverture d’esprit, je voudrais saluer en particulier Jacques Calmon ancien Conseiller Régional, Mathieu Clauzade animateur départemental du MJS, et bien sûr, c’est un honneur tout particulier qu’elle nous fait d’être ici, Patricia Broussolle, Première Vice Présidente socialiste de la Communauté d’Agglomération de Brive, dite « l’agglo ». Un camarade MRC de Haute-Vienne, Pierre Ribiere, nous a quittés ; ses obsèques avaient lieu ce matin, et je vous propose que nous pensions à lui, à ses proches, à sa trajectoire d’homme et de militant, dans un instant de recueillement.
Introduction
Chers amis, votre présence ce soir, nombreux, est une exception notable à ce qui, malheureusement, semble de plus en plus la règle de notre société, que je qualifierais presque de post-démocratique : le désintérêt des citoyens pour la vie politique, ou plutôt pour ce qu’ils considèrent, et peut-on vraiment leur donner tort, comme les jeux de l’arène politique. Car c’est bien la défiance dans un système politique largement failli, qui peut expliquer l’abstention record aux dernières élections régionales, la crise du militantisme, et même, d’une certaine façon, l’anémie du combat syndical, butant sur l’absence de perspective politique crédible. Si la jeunesse – malgré des épisodes importants ces dernières années comme la lutte contre le Contrat Première Embauche – si la jeunesse elle-même a tendance à ne pas s’impliquer suffisamment dans la construction de l’avenir, c’est sans doute parce que ma génération n’a connu la France qu’en crise, et n’a connu que des gouvernements manifestement assez impuissants. De surcroît, la jeunesse est largement tenue en marge du pilotage de la société, tant au plan politique qu’économique, social même, voire culturel, l’essentiel des leviers étant tenus, encore aujourd’hui, quarante ans après, par une fraction de la génération qui, en 1968, a fait irruption sur le devant de la scène. Mais le problème principal n’est pas générationnel. Il est dans l’incapacité de nos dirigeants politiques à tracer des perspectives d’avenir, mobilisatrices, pour notre pays, pour notre peuple. Incapacité… peut-être pas : le cherchent-ils vraiment ?
I - Sur fond de brouillage idéologique, le pouvoir politique se partage, depuis maintenant deux décennies au moins, entre faux débats et occasions manquées. Pas de quoi susciter l’adhésion civique !
1) Brouillage idéologique Le brouillage idéologique est permanent : bien sûr avec la chute de l’URSS, et la « fin de l’Histoire » décrétée par certains ; et plus concrètement, bien avant « l’ouverture » sarkozienne, le fait que l’Organisation Mondiale du Commerce, qui n’a de cesse de promouvoir la mise en concurrence des peuples les uns contre les autres, soit présidée par M. Lamy, français, adhérent du PS, n’est pas de nature à donner confiance dans la gauche. La nomination de M. Strauss-Kahn au FMI, qui n’a pas modifié le rôle de cette instance (administrer les potions amères aux populations appauvries !), en dit long sur la connivence du social-libéralisme avec le capitalisme financier en faillite. Ironie du sort, celui qui préside aujourd’hui l’internationale socialiste n’est autre qu’un Premier Ministre qui diminue les salaires des fonctionnaires et met le cap sur la déflation généralisée : M. Papandréou. Et l’on voudrait que les citoyens soient « politisés »… 2) Les faux débats pullulent… entretenus selon la bonne vieille tactique du « diviser pour régner ». C’est à travers ce prisme qu’est hélas envisagé, systématiquement, la question de la sécurité, entre une droite qui gesticule beaucoup, rivalise dans la surenchère du genre matamore, et une gauche encore souvent angélique et arc-boutée sur une forme de posture compassionnelle voire clientéliste. Prenons la question plus profonde des antagonismes de classe ; d’une certaine manière la lutte des classes n’a rien perdu de son actualité, si l’on en juge par le fait que la moitié des ménages français détient un patrimoine inférieur à la valeur d’un logement, 40% détiennent à peu près un patrimoine équivalent à un logement, ou un peu plus, et 10% ont un patrimoine supérieur à 700 000 Euros ! Mais de cela, on ne parle pas. On accuse du côté du MEDEF, le fonctionnaire oisif et le salarié tire au flanc. On accuse volontiers, du côté de l’extrême gauche, le « patron », comme si un patron de PME ou un artisan était l’adversaire de classe de son salarié. En réalité il y a ceux qui vivent de leur travail, de leur seule force de travail, plus moins aisément bien sûr, et ceux qui vivent de la rente ! Là se situe le véritable enjeu social, le plus souvent occulté. Le débat sur les retraites escamote largement cet enjeu majeur, même s’il faut reconnaître au Parti Socialiste le mérite de l’avoir mis en avant, en démontrant la possibilité de dégager une trentaine de milliards d’Euros par an de taxation des revenus du capital, soit la moitié des besoins de financement des retraites en 2020. Au plan local, nous ne sommes pas exonérés de faux débats. La question de l’hôpital de Brive est à cet égard amusante. Nous avons un ancien Maire UMP, qui défile avec le Parti Communiste et la CGT contre le rapprochement technique de l’hôpital et de la clinique Saint Germain, au nom de la défense du service public. Quand il était parlementaire, il votait tous les budgets d’appauvrissement de l’hôpital public, rendant difficile le financement par l’hôpital de Brive d’un certain nombre de ses infrastructures techniques, faute de fréquentation suffisante. De l’autre, le Maire actuel, socialiste, qui se bat pour davantage de moyens donnés à l’hôpital public au plan national, soutient par réalisme le rapprochement technique des établissements et se fait traiter de fossoyeur du service public. Et la population se divise, au lieu de s’interroger, unie, sur le système économique dans lequel nous sommes, et qui, alors que nous sommes de plus en plus productifs, nous conduit à des expédients en guise de politique de soins, comme à des angoisses pour l’avenir de nos retraites ! Il en va de même sur la question, centrale, de l’emploi : les faux débats règnent. C’est la faute au droit du travail trop contraignant, disent les libéraux, et ils pensent, sans oser trop le dire, c’est la faute aussi au salaire minimum ; en réalité, le droit du travail est taillé en pièces depuis des années, et le chômage n’a jamais été aussi élevé. En face, on dit, c’est la faute au patronat, mais s’il n’y a pas de patronat, il n’y a pas d’entreprises, et sauf à concevoir un pays avec 100% de fonctionnaires, s’il n’y a pas d’entreprises, c’est un peu gênant pour l’emploi. Qui pose la question, fondamentale, de la nouvelle division internationale du travail ? De la concurrence sauvage des pays à bas coût de main d’œuvre, où l’on encourage l’exploitation et la pollution avec le libre-échange débridé et la surévaluation de l’Euro ? On est bien placé à Brive, pour savoir de quoi il s’agit, quand Jacob Delafon, par exemple, délocalise 140 emplois au Maroc ! L’emploi d’un ouvrier corrézien ne pèse pas bien lourd face au pouvoir débridé des multinationales, qui tablent sur une rentabilité à deux chiffres, quitte à sacrifier l’homme sur l’autel du profit. Bien sûr, la structure de l’actionnariat est un des problèmes : en l’espèce, d’entreprise familiale française, Jacob Delafon est devenue, en 1986, la propriété d’un grand groupe états-unien, ce qui rend plus difficile l’intervention de la puissance publique. Mais le ressort principal de cette délocalisation, une fois de plus, c’est le libre-échange et l’Euro fort. Et puisque je viens d’aborder l’emploi, la monnaie et le libre échange, j’en viens à l’essentiel. Si les faux débats pullulent, c’est parce que l’action publique réelle va d’occasions manquées en renoncements complices… 3) Ces faux débats masquent mal les occasions manquées et les renoncements Occasion manquée : le NON français au Traité Constitutionnel Européen. Qu’on l’ait souhaité, préparé, défendu, obtenu, comme c’est le cas du MRC notamment, ou bien qu’on l’ait craint et subi, comme c’est le cas de l’UMP, du MoDem, et d’une partie du PS, nous devions tous prendre acte du verdict souverain du peuple français, et mieux encore, à partir de cette situation, saisir l’opportunité de relancer la construction européenne sur des bases plus conformes à la réalité et aux attentes des peuples. C’est l’option contraire qui a été choisie par Nicolas SARKOZY, avec le soutien du Parti Socialiste, qui, par son abstention, a permis l’adoption du traité de Lisbonne, copie conforme de la Constitution Giscard, en février 2008. On nous a affirmé que le NON avait paralysé l’Europe, et que le traité de Lisbonne allait au contraire la relancer. On nous a affirmé qu’avec le traité de Lisbonne, l’Europe serait enfin « politique ». Et le monstre antidémocratique et antisocial des traités de Maastricht, Amsterdam, Nice, et maintenant Lisbonne, a accouché de quoi ? Du diktat monétaire et commercial allemand, de la dislocation de nos services publics, de la désertification industrielle de l’Europe - l’agriculture est dans le collimateur pour 2013 - , et maintenant, de la crise de l’Euro, dont va nous parler Bruno. Voilà le bilan de l’Europe. Ce n’est pas le NON qui l’a paralysée, puisque le choix souverain du peuple a été écarté par l’oligarchie parlementaire ! C’est leur Europe qui est paralysée ! C’est l’Europe qui s’est construite sans les peuples, contre les Nations, et qui voudrait passer nos contrats civiques et sociaux à la toise du plus petit dénominateur commun, c’est cette Europe là qui est, sous nos yeux, à l’agonie ! L’expertocratie européenne veut maintenant revenir sur le droit souverain des Etats à déterminer le budget de la Nation ! Quelle occasion manquée, à l’heure où l’Europe a plus que jamais besoin de se construire, pour exister entre la Chine, puissance montante du XXIe siècle, et les Etats-Unis, qui sont peut-être un astre mort, mais un astre mort continue longtemps à briller ! L’Europe aurait donc plus que jamais besoin d’être construite solidement, donc à partir de la réalité : à partir de ses Nations, dans une logique de coordination économique, de progrès, en matière de recherche et d’innovation, et de protection, de nos territoires, de nos savoir faire, de nos emplois. Le NON du 29 mai 2005 pouvait être le coup d’envoi de cette construction européenne là, le plan B existe : c’est l’Europe des projets, à géométrie variable, avec une relance économique concertée, une relance keynésienne, en économie relativement fermée, donc efficace. Ils ont persisté au contraire dans leur modèle archaïque, antidémocratique, libéral, en vendant, comme d’habitude, du rêve fédéraliste, et le résultat, c’est la crise, c’est le chômage, et pire encore peut-être, c’est la dislocation, en même temps que celle de l’Etat-Nation, de la citoyenneté. Autre occasion manquée : la crise elle-même ! Doublement manquée. D’une part, parce que cette crise devrait être l’occasion de redonner un rôle économique fort à la puissance publique, pas seulement pour colmater les brèches du système libéral de la finance mondialisée, mais pour piloter une économie efficace et juste envers le monde du travail. Il aurait fallu pour cela, par exemple, que les 320 Milliards débloqués pour aider les banques – et il fallait les aider car sans système bancaire, pas d’investissement, pas de création de richesses, et pas d’emploi – mais il fallait que ces 320 Milliards servent au retour de l’Etat dans le capital de ces banques, au moins certaines d’entre elles, et à l’élaboration pour toutes de règles strictes les obligeant non seulement à la transparence et à la raison, mais au financement effectif et supportable par elles, de nos entreprises de production, en particulier les PME ! D’autre part, la crise est l’occasion manquée d’un débat de société. L’argent facile a été érigé en seul modèle de réussite d’une vie d’homme et de citoyen ; la crise de la finance mondialisée est l’occasion de battre brèche cet ersatz d’idéal qui ne saurait donner sens à l’existence ! C’est l’occasion de reparler de fraternité, de fraternité républicaine, et elle ne se résume pas au « care » de Mme Aubry, qui est, au mieux, la version, d’ailleurs louable, locale, quotidienne, charitable, de la fraternité ; mais la fraternité républicaine, c’est beaucoup plus que ça : c’est se mettre, en tant que citoyen, au service de tous les autres citoyens, et d’un idéal défini ensemble, l’intérêt général ! La crise de la finance mondialisée peut être l’occasion de redonner du souffle à la fraternité républicaine, dans la Nation, ouverte sur le monde. A cet égard, quelle occasion manquée, dans ce contexte, et quel faux semblant à la fois, que ce débat sur « l’identité nationale », comme si la Nation se résumait à une « identité », qu’elle n’était pas un projet autant qu’une histoire, une souveraineté autant qu’une culture ! Oui la France aurait pu, elle aurait dû, s’interroger sur elle-même, la nature de son contrat républicain original, la volonté de le faire triompher de l’uniformisation charriée par le capitalisme financier mondialisé. Il n’est pas illégitime d’exiger des Français venus d’ailleurs qu’ils assimilent nos règles républicaines, pour qu’ils soient assimilés eux-mêmes, pleinement, à égalité avec tous les citoyens, à la République. Mais encore faut-il pour cela exiger de tous les Français le respect des règles de la République. Déchoir de sa nationalité un homme dont la femme porte la burqa, comme l’a dit M. Hortefeux ? C’est illégal, mais une loi peut se changer ; admettons ! Mais alors commençons par déchoir de leur nationalité les évadés fiscaux qui choisissent de tricher contre leur pays ! Le respect des règles de la République, oui, mais par tous, le brun, le blond, blanc ou noir de peau. Et j’ajouterais qu’il faudrait encore que la République ne soit pas un mot, mais que ses règles soient au service d’un idéal d’unité et de progrès. Si la France n’est plus qu’un périmètre administratif et la République un mot qui sent la naphtaline, à quoi peut bien rimer l’ « identité nationale » et l’exigence d’assimilation ? Oui, Nicolas Sarkozy a manqué deux occasions historiques : premier président élu après le NON du 29 mai 2005, il a trahi le peuple au lieu de prendre appui sur son vote ; président pendant la crise du capitalisme financier mondialisé, il a été incapable de promouvoir un autre modèle économique et d’ébaucher un autre modèle de société. Mais soyons honnêtes, en agissant ainsi, il n’a fait que s’enfoncer dans une ornière déjà creusée bien avant lui par toutes celles et ceux qui ont libéralisé les échanges monétaires et commerciaux, dérégulé les bourses, organisé l’Europe de la confiscation démocratique et de la régression sociale, bref, une ornière creusée depuis les années 1970, à l’exception de la parenthèse socialiste de 1981 à… 1983. Il est grand temps de sortir la tête du trou, de retrouver le souffle de la Résistance, d’avoir à nouveau une ambition pour la France et pour le monde, de recommencer à se battre pour nos idéaux de liberté et d’égalité, de redonner sens à nos vies d’hommes et de citoyens, avec la fraternité.
II - C’est à ce sursaut que veut concourir notre programme de salut public. Il faut d’abord vaincre le désespoir et la peur.
1) Vaincre le désespoir, et la peur Avec un certain désespoir social, naît la peur. La peur de perdre le peu qu’on a. La peur de ne pas donner toutes leurs chances à ses enfants. La peur de l’autre… la peur de l’étranger. Si, de surcroît, une insécurité physique réelle existe, comme c’est le cas dans la plupart des villes de France, où les atteintes volontaires à l’intégrité physique, les violences, augmentent, le cocktail est détonnant. Et même ceux qui ne sont pas les plus frappés par l’insécurité transfèrent souvent leur peur sociale sur le sentiment d’insécurité. Dans cette peur, tout se mêle et se mélange. Des millions de Français prolétarisés, qui vivent dans des pavillons en bordure des villes, ou en zone rurale, ces Français anonymes qui ne brûlent pas de voitures, ne saccagent pas de gymnases, et donc n’intéressent pas les médias, sont systématiquement ignorés, quand ils ne sont pas stigmatisés ; et l’on s’étonne qu’ils se réfugient dans les bras des populismes, notamment d’extrême-droite. C’est notamment cet électorat populaire que nous devons reconquérir, sans rien céder sur les principes républicains, en lui faisant entrevoir une perspective confiante, aux antipodes de la réalité libérale qu’il connaît : celle de la société de la peur. C’est le rôle des responsables politiques. Encore faudrait-il qu’ils veuillent se donner la peine de chasser le désespoir et les peurs, et de redonner un dessein à la France. Ils gagneraient à cette fin à relire le Général de Gaulle : « La France vient du fond des âges (…) ; y habitent des peuples qu’étreignent, au cours de l’histoire, les épreuves les plus diverses, mais que la nature des choses, utilisée par la politique, pétrit sans cesse en une seule nation (…). Aussi l’Etat, qui répond de la France, est-il en charge, à la fois, de son héritage d’hier, de ses intérêt d’aujourd’hui, et de ses espoirs de demain ». 2) Il faut répondre avec courage et responsabilité aux problèmes réels du pays. Il est nécessaire non pas de rétablir l’équilibre des comptes publics (Bruno Moschetto explique très bien en quoi la dette, si elle est un investissement sur l’avenir, est parfaitement supportable), mais il faut faire rentrer des recettes nouvelles pour faire vivre le service public et la sécurité sociale. Le problème de la France, de l’Europe en général, c’est le chômage de masse. En France, nous venons d’atteindre à nouveau 10% de chômeurs, selon les statistiques officielles. En réalité, près de 5 Millions de Français subissent le chômage, dont un tiers sont masqués par des artifices statistiques et autres expédients gouvernementaux. Chacun a donc un époux, une épouse, un frère ou une sœur, directement ou indirectement frappés. Le déficit des retraites s’explique au moins pour moitié par le manque à gagner que représente le chômage : si le taux de chômage officiel était réduit de moitié, le déficit des retraites, grâce aux cotisations de ceux qui auraient retrouvé un emploi, serait lui aussi réduit de moitié. L’autre moitié du besoin de financement du système de retraites peut être largement trouvée dans la mise à contribution des revenus du capital, voire l’élargissement de l’assiette de cotisations à l’ensemble de la valeur ajoutée. Avec la mécanisation, l’informatisation, on a de plus en plus remplacé les hommes par des machines. Mais on a continué à ne faire cotiser que les travailleurs, qu'il s'agisse des cotisations salariales ou patronales. C’est ce qui explique que malgré des gains de productivité qui compensent largement le déséquilibre démographique, le déficit des retraites se creuse. Pour relancer l’emploi, il faut réindustrialiser la France, ainsi que sauvegarder et développer notre agriculture. Ceci suppose d’ouvrir une phase radicalement nouvelle de l’histoire de la construction européenne. Une relance keynésienne coordonnée de nos investissements productifs, en jouant sur tous les facteurs de croissance endogène (recherche, innovation, formation, infrastructures). Il faut redonner à la puissance publique le pouvoir de piloter un système économique orienté vers la production et la juste répartition des richesses, plutôt que la spéculation et l’accaparement des richesses par une toute petite minorité, déconnectée de l’économie réelle. Au-delà des mots, ceci suppose de réinstaurer des instruments de pilotage public. Le plan, par exemple – et oui, on dit beaucoup de gros mots au MRC ! - ! Des instruments publics de pilotage du crédit ! Des champions industriels avec des actionnaires, français et européens, stables, et notamment l’épargne populaire, l’Etat et les collectivités locales. Ceci suppose de rompre avec l’Euro-boulet, qui plombe notre compétitivité (EADS a perdu 2,5 Md d’Euros à cause de la cherté de l’Euro en 2009, soit à peu près l’équivalent de ses dépenses de recherche-développement !). Soit l’Euro peut être piloté à la baisse pour laisser respirer nos économies, soit il faut en sortir ! Après tout, laissons l’Allemagne se débrouiller avec cette monnaie, qui n’est qu’un Deutsh Mark déguisé ! Il faut rompre avec le libre échange aveugle, et protéger nos économies. Droits de douane, contingentements, indexés sur des critères sociaux et environnementaux, le cas échéant, et dont les recettes peuvent être réinvesties dans des politiques de co-développement avec les pays du Sud ! Voilà qui serait plus efficace et plus juste que la mise en concurrence des peuples, et le nivellement par le bas. En matière agricole, le libre-échange est suicidaire, il rime avec qualité dégradée, désertification rurale, et une vulnérabilité de nos territoires, confrontés bientôt à l’insécurité alimentaire. Il faut là encore encourager et protéger la souveraineté : la souveraineté alimentaire. Promouvoir et soutenir les productions locales de qualité, et leurs débouchés directs, mais aussi leurs débouchés à travers des industries agro-alimentaires nationales et européennes, et des distributeurs, à qui l’on impose des règles de respect des producteurs comme des consommateurs. Au-delà enfin de la question de la relance de l’économie industrielle et agricole, et des services qui en découlent, se pose la question du modèle de société que nous devons promouvoir. Nous ne sommes pas que des producteurs, pas que des consommateurs. Nous sommes des citoyens, et nous avons besoin du sens que la fraternité républicaine donne à la vie, en plus des bonheurs de la sphère privée. Il faut donc relever la citoyenneté, et commencer par réhabiliter l’Ecole de la République, lui redonner les moyens de transmettre le savoir et d’enseigner le civisme. Les moyens matériels, humains. Les moyens moraux, aussi, oserais-je dire : soutenir les enseignants exigeants, plutôt que de les stigmatiser, encourager l’effort, non pas sacrificiel, mais celui qui émancipe, qui permet d’aller le plus haut possible dans un développement personnel intellectuel, physique, moral… Il ne s’en faut pas de beaucoup : il suffirait d’une impulsion, d’une volonté, pour que l’Ecole de la République renoue avec elle-même : les enseignants ont en eux, pour la plupart, la capacité d’être à nouveau les hussards noirs de la République. Relever la citoyenneté, c’est aussi réhabiliter le débat public, et notamment redonner aux médias des règles élémentaires de pluralisme et de qualité. Faisons reculer cette industrie de l’abrutissement, qui veut, comme disait Patrick Le Lay, « rendre les cerveaux disponibles pour Coca-Cola ». Non, n’importe qui n’a pas, au seul motif du profit, le droit de polluer l’esprit des citoyens, en particulier des plus jeunes. Un autre modèle de société, une République fraternelle, ce sont aussi des moyens et du temps pour le sport, pour la culture, littéraire, scientifique aussi. Et l’un des combats que nous aurons à mener dans les années qui viennent, au sein même de la gauche, c’est le combat de la science, de la raison, contre l’obscurantisme, non seulement l’obscurantisme religieux, mais l’obscurantisme écologique ; ils sont d’ailleurs liés, le second relevant bien souvent d’un panthéisme inconscient. Relancer l’Europe de l’économie réelle, la production industrielle et agricole raisonnable, l’emploi donc, et, dans une Nation dont les citoyens redeviennent les maîtres, leur donner les moyens, par l’Ecole et par la culture, de cette liberté recouvrée, et d’une fraternité qui fait sens. Voilà en quelques mots résumés la démarche de « salut public » que nous portons. Et nous ferons irruption, par tous les moyens possibles, dans le débat et contre les faux débats, pour que 2012 ne soit pas une nouvelle occasion manquée, ou pire encore, la veille d’un nouveau renoncement consenti./
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