Blog de Patrick TRANNOY

Avec le couple Trichet-Merkel, l’Europe est mal barrée !



Avec le couple Trichet-Merkel, l’Europe est mal barrée !
La Banque Centrale Européenne vient de décider de relever son taux directeur de 25 points de base, à 1,25%. On s’attend à trois hausses en 2011, pour porter le taux à 1,75%. Les banquiers centraux européens « indépendants » (synonymes : inféodés à la rente et à Mme Merkel) n’auront pas tenu compte bien longtemps de la réalité de la crise économique et sociale européenne ; ils font même le choix d’aggraver la crise monétaire. Ils savent que cette augmentation du loyer de l’argent risque fort d’achever la Grèce et de flinguer le Portugal, l’Espagne, voire l’Irlande. C’est à se demander s’ils ne font pas le choix cynique de les « larguer » de l’Euro, un choix qui pourrait revenir sur l’Euro tel un boomerang : seront-ce les seuls pays à quitter ce navire qui prend l’eau ?

Relever ainsi le taux directeur aura au moins trois conséquences. La première, c’est de faire monter le niveau de l’Euro, toutes choses égales par ailleurs. Or il atteint déjà son plus haut depuis quinze mois à 1,4323 $, quand on sait que les parités de pouvoir d’achat se situent plutôt à 0,90 $ pour la moyenne de la zone Euro, et bien en-dessous pour des pays comme la Grèce ou le Portugal… Le commerce extérieur de la zone Euro ne sera que plus dégradé encore par ces relèvements du taux directeur. Seule l’Allemagne, positionnée sur des niches de qualité, avec des exportations relativement inélastiques aux prix, et de surcroît réalisées aux deux tiers en zone Euro, ne devrait pas pâtir de cette politique. Du moins dans l’immédiat : quand ses voisins européens seront totalement asphyxiés, elle se trouvera bien maline face à des clients insolvables !
 
Deuxième conséquence, en resserrant ainsi les conditions du crédit, la BCE handicape lourdement l’investissement productif, l’emprunt des ménages et donc leur consommation, au détriment de la croissance. Après une récession à –6,5% en 2010, et une récession qui s’annonce à –4% en 2011, la Grèce avait plus besoin d’un euphorisant de croissance que d’une telle injection létale ! Idem pour l’Espagne, le Portugal, ou l’Irlande. Mais la France et l’Italie, par exemple, ne cracheraient pas non plus sur un coup de pouce à leur croissance, bien molle, et nous avons nous aussi tout à perdre à ce coup de massue.
 
Troisièmement, cette décision rendra plus insoluble encore le problème des endettements, privés comme publics. Les difficultés de refinancement des établissements financiers auprès de la BCE ne vont que croître et embellir, et le coût des liquidités prêtées aux banques par la BCE se renchérir. En outre, on voit mal comment la BCE pourrait à la fois relever ses taux directeurs, et poursuivre le rachat des dettes souveraines : pourquoi s’infligerait-elle des pertes de plus en plus fortes pour les obligations rachetées ?
 
Sans doute, les pays les plus endettés devront-ils se résoudre à « restructurer leurs dettes », autrement dit à dénoncer leur signature, au moins en partie… Face à une dette publique de 150% du PIB en Grèce, 120% en Irlande, 90% au Portugal, quand la croissance n’est pas au rendez-vous et que le facteur monétaire joue contre vous, il ne reste guère que l’amputation ! Mais elle coûtera cher : qui prêtera ensuite à ces pays, si non à des taux faramineux ? A moins que le Fonds Européen de Stabilité Financière ne tienne ses promesses… Ce serait l’intérêt de tous. Mais où trouver l’argent ? Il faudrait se résoudre à recourir à un grand emprunt, à la monétisation, et à la taxation des super-profits, soit l’exact contraire de toutes les politiques promues par la Commission et la BCE, et prescrites par les traités…
 
Pendant ce temps là, le dumping fiscal intra-européen se porte toujours aussi bien : l’Irlande, par exemple, qui veut bénéficier de la solidarité européenne dans la crise, reste l’une des championnes du dumping en refusant toujours de pratiquer un taux d’Impôt sur les Sociétés raisonnablement élevé !

L’Europe, construite cul par-dessus tête, est décidément mal barrée ! Mais chut, pas un mot : la présidentielle de 2012 doit se jouer sur l’épouvantail bleu marine (et c’est vrai qu’il est repoussant), et se résumer à la guerre cosmétique entre l’énervé de l’Elysée, et le gourmand du FMI./

Mardi 12 Avril 2011
Patrick TRANNOY